En premier lieu je dois vous faire une confession : ce sonnet ne renferme pas le moindre soupçon de vécu, c’est une composition totalement imaginaire.
Je n’irai pas jusqu’à dire que la forme ait précédé ni inspiré le fond… Quoique. En effet, parti de l’énoncé « Je hais le jour naissant », j’ai aussitôt pensé à l’aurore aux doigts de rose et dès lors tout s’est enchaîné : les rimes en « ose », la formule « un nouvel aujourd’hui » qui m’a rappelé le sonnet de Mallarmé « Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui » et m’a conduit à choisir quatre rimes en « ui » pour les quatrains et, de fait, à mettre à la rime presque les mêmes mots que le maître.
Au deuxième quatrain j’ai repris « Je hais » pour faire bonne mesure en renchérissant sur la répugnance et la désespérance éprouvées par le personnage.
Après deux quatrains consacrés au lever du jour, il ne me restait plus que deux tercets pour la journée et la soirée !  La journée a été expédiée en deux vers. Pour la soirée, le second quatrain se devait de clore le sonnet sur un summum de pathos ; d’où la tombe et le personnage qui s’y incline dans les dernières lueurs du jour… C’est une image de désespoir dans laquelle chacun peut projeter ses impressions, les sentiments qu’il imagine, bref son récit.

Voilà. Pas de vécu, donc. Ce sonnet est un pur exercice de style, il n’est absolument pas autobiographique,
…fort heureusement !

Octobre 2018.
Personnage traînant sa névrose

Névrose


Je hais le jour naissant qui réveille avec lui
Le rire de l’Aurore entre ses doigts de rose
Et fait s’épanouir en mon âme morose
Le désir écœurant d’un nouvel aujourd’hui.

Je hais ce ciel d’azur qui transpire l’ennui,
Cet horizon brumeux que l’espérance arrose
Alors qu’à l’occident la nuit qui se nécrose
Emporte dans ses peurs mon cauchemar enfui.

Je vais traîner, absent, les débris de ma vie
Sous le soleil désert, sans but et sans envie,
Jusqu’aux rives du soir où s’échouera mon cœur…

Et j’appuierai mon front au marbre de la tombe
Pour l’instant d'abandon que le Néant vainqueur
M’accorde chaque jour, tandis que la nuit tombe.